Canal OTT : L’ambitieuse division de Canal+ présentée par Manuel Alduy

Manuel-Alduy

Canal+ a annoncé fin janvier la création d’une nouvelle division, Canal OTT, chargée de déployer l’offre télévisuelle du groupe aux modes de consommation mobiles ou individuels, et en particulier sur l’Internet « ouvert » (OTT).  Pour en savoir plus sur ces nouveaux projets, nous avons eu la chance de rencontrer Manuel Alduy, Directeur de CANAL OTT, qui a bien voulu nous faire partager sa vision et ses ambitions pour cette nouvelle division.

Socialtv.fr : Le Groupe Canal+ a créé la division Canal OTT en janvier, quelles ont été les raisons de cette création ?

Manuel Alduy : Cela fait quelques temps déjà que le Groupe Canal+ constate qu’il se passe énormément de choses dans l’Internet ouvert, devenu un média à part entière. D’une part, on observe une forte consommation de contenus audiovisuels, qui a explosé ces dernières années, notamment avec le développement des chaînes Youtube et qui, par opposition à la consommation collective de foyer, se fait de façon très individuelle mais ultra socialisée. D’autre part, Internet fait émerger de nouveaux talents et de nouveaux modes de narration qui sont très intéressants. L’idée de Canal OTT est donc de développer des offres gratuites et payantes dans cet univers là et de créer des outils et des chaînes pour répondre à une importante demande de contenus web. C’est un mouvement naturel que Canal+ ne peut laisser passer.

A partir de ce constat, quels sont alors vos principaux objectifs ?

Canal+ est actif sur l’Over-The-Top depuis quelques années et a développé de solides bases avec le site canalplus.fr, puis plus récemment, le lancement de ses premières chaînes YouTube en novembre 2013. Depuis sa création il y a 30 ans, le Groupe Canal+ a veillé à développer ses offres de TV payante, linéaire et en rattrapage, sur tous les réseaux (diffusion terrestre, satellite, câble ou ADSL) et aussi sur l’Internet ouvert grâce aux sites et applications dédiées.

L’application MyCanal, qui permet aux abonnés de retrouver l’ensemble de leurs chaînes live ou à la demande ainsi que tous les services enrichis sur tous les écrans au sein d’un unique portail, a d’ailleurs fêté son millionième téléchargement le jeudi 14 mars. Le groupe est donc déjà présent sur l’Over-The-Top et il s’agit maintenant de renforcer cette présence, notamment dans le web gratuit.

Canal OTT rassemble donc en un même département des équipes qui travaillent d’une part pour le web gratuit et d’autre part pour le payant dans le but d’imaginer ensemble les nouvelles offres de demain, plus mobiles et plus individuelles. Le groupe propose aujourd’hui des offres premium (les chaînes CANAL+), thématiques avec CANALSAT ainsi qu’un service de vidéo à la demande CanalPlay qui s’adressent à l’ensemble des  foyers. L’enjeu pour le groupe est aujourd’hui de diversifier et enrichir sa gamme au travers de nouvelles offres en phase avec la demande de consommation mobiles et individuelles.

Ces offres concernent la France mais aussi l’étranger, pouvez-vous nous en dire plus ?

Canal OTT a également pour objectif de faire entrer Canal+ sur de nouveaux territoires grâce à une diffusion Over-The-Top, permettant de toucher directement les utilisateurs dans des territoires matures sur lesquels de grands acteurs de l’audiovisuel occupent déjà les réseaux classiques de diffusion (câble, satellite, ADSL). Canal+ Canada, dirigée par Jean-Marc Juramie et lancée en partenariat avec Dailymotion, se présente ainsi de façon différente de celle que l’on connaît en France.

Déployée sur l’Internet ouvert, l’offre se compose de trois niveaux : un premier, gratuit, offrant un accès aux émissions en clair de CANAL+, une offre de VOD à l’acte (2,99$ CAN le film) et un service de SVOD (VOD illimitée par abonnement à 7,99$ CAN par mois). Trois niveaux pour une liberté de choix en fonction des envies : Vous goûtez le gratuit, puis un film par-ci par-là en VOD payante pour enfin vous abonnez si le service vous plaît.

Canal OTT prépare de nombreux projets, sur quelles structures vous appuyez-vous ?

Canal OTT repose sur quatre piliers, tous essentiels au déploiement des offres de Canal+ : la Direction des Nouveaux Contenus, dirigée par Fabienne Fourquet, qui s’occupe principalement du web gratuit ; CanalPlay, dirigée par Patrick Holzman ; Canal International, évoquée précédemment et dirigée par Jean-Marc Juramie et l’Expérience Digitale, dirigée par Lucas Serralta, qui apporte une expertise technique et permet la « fabrication » (conception) d’outils en interne.

Vous avez lancé le Social Player en mars dernier, un projet suivi par la Direction des Nouveaux contenus, quelles sont vos ambitions pour le web gratuit ?

La Direction des Nouveaux Contenus, à laquelle on vient d’adjoindre StudioBagel, soutient le web gratuit à travers trois missions principales : Premièrement, elle édite les sites web du groupe et les récentes chaînes YouTube. Canal+ développe un réseau multi-chaînes (Multi Channel Network) qui se compose aujourd’hui du site canalplus.fr (30M de vidéos vues par mois), des chaînes web Canal+ (40M de vidéos vues par mois), et des chaînes StudioBagel (40M de vidéos vues  par mois) acquises par le groupe début mars. Le web gratuit est une vitrine pour Canal+ et le moyen d’être présent là où le public se trouve. Deuxièmement, l’équipe développe des applications et services qui soutiennent l’antenne et enrichissent l’expérience abonné. Créé avec le support de l’Expérience Digitale, le SocialPlayer est le dernier-né de ces outils.

Enfin, elle a pour vocation de dénicher et révéler des nouveaux talents et modes d’expression qui émergent sur le web gratuit. Le web gratuit est pour nous un lieu d’incubation pour des projets ayant une affinité avec l’antenne et nos offres premium. Cela permet à la chaîne Canal+ de proposer notamment des projets comme « Les Tutos », « Le Dézapping » ou « Connasse » créant ainsi des passerelles entre le web et l’antenne. Avec l’acquisition de StudioBagel, Canal+ investit dans une usine à talents pour industrialiser ce processus afin que davantage de talents émergent et profitent à tous les univers de Canal+. Le groupe suit ainsi un mouvement là encore naturel tout comme d’autres grands acteurs étrangers, notamment Dreamworks ou Disney.

Et qu’en est-il de l’offre payante en OTT ?

Canal OTT vise à marier à terme le développement du réseau multi-chaînes en web gratuit avec nos offres payantes. CanalPlay est donc un autre pilier important de l’OTT. Cette partie payante se décline en deux activités : la VOD transactionnelle (TVOD, débuté en automne 2005), disponible sur tous les réseaux (tous FAI) et terminaux et d’autre part CanalPlay, notre offre de vidéos à la demande par abonnement lancée il y a deux ans, et qui propose plus de 9.000 contenus de cinéma, série ou jeunesse. Cette offre est déployée sur télévision chez tous nos partenaires FAI (SFR, Free, Bouygues Telecom et Orange par ADSL ainsi que sur Apple TV, Xbox 360 et tout récemment Google Chromecast à 9.99€ par mois (sans engagement)  ou à 6.99€ par mois pour un usage réservé au second écran (mobiles et tablettes iOS et Android).

Quelles articulations s’opèrent alors entre le gratuit et le payant ? Avez-vous des projets prioritaires ?

Nous sommes pour le moment au début de l’aventure et chaque activité a son propre plan de développement. Aujourd’hui, la Direction des Nouveaux contenus a pour objectif d’enrichir notre réseau multi-chaînes qui compte aujourd’hui plus de 25 chaînes.

Le vrai sujet, c’est l’articulation du gratuit et du payant pour faire en sorte que ceux qui s’intéressent aujourd’hui aux formats courts gratuits s’intéressent à l’avenir aux formats plus longs, « fictionnés ». Le modèle économique de la production audiovisuelle sur Internet connaît des limites, même s’il possède un système de monétisation. Faire de la fiction, une série, coûte beaucoup de temps et d’argent alors que le web est un univers rapide, glouton qui n’a pour l’instant que peu d’argent à investir dans les contenus. C’est un nouvel écosystème ouvert et riche d’opportunités, incontournable pour le groupe Canal+.

De nouvelles façons de consommer, comme le binge-viewing (marathon série), apparaissent et de nouveaux acteurs surfent sur cette tendance, quelle est votre approche ?

On constate effectivement qu’Internet représente un tout autre mode de consommation, radicalement différent de celui qu’on pouvait connaître il y a 30 ans. Les groupes de médias sont confrontés à un public plus jeune, plus glouton et habitué à une offre infinie de contenus gratuit.

La force du Groupe Canal+ aujourd’hui est dans sa connaissance des différents publics. Quand on vient de l’édition, on passe son temps à se demander ce que les gens regardent sans attendre les résultats d’audience, avec une prise de risque constante dans un marché de l’offre. On ne fait pas une série en fonction des goûts, on fait le pari qu’un programme va convaincre. Netflix et d’autres sont obligés de prendre ces risques, même s’ils prennent un maximum de précautions. Canal+ tire un savoir-faire de son métier d’éditeur et porte une grande attention au public sans oublier le fait que l’on est dans un marché de l’offre.

Sur Internet, le raisonnement est identique. Nous devons être en mesure d’identifier les différentes envies et attentes du public et d’y répondre spécifiquement. Certains veulent regarder très rapidement une série alors que d’autres préfèrent prendre leur temps et consommer à leur rythme, sans contrainte ni boulimie. S’agissant de VOD, il est également essentiel de savoir et de pouvoir animer et enrichir le catalogue. La création cinématographique mondiale a ses limites, il est impossible d’alimenter sans cesse son stock en nouveautés. Cette capacité à animer, à créer du contenu que le public va aimer, avec son lot d’échecs comme dans n’importe quelle industrie créative, est une spécificité du groupe Canal+, héritée de son activité d’édition et le web nous permet donc de tester de nouvelles idées.

Pour finir, pouvez-vous nous parler des projets à venir dans les prochains mois ?

Nous venons de lancer une nouvelle application mobile de CanalPlay compatible avec Google Chromecast. Nous sommes également ravis de proposer à nos abonnés l’intégrale des saisons 1 à 8 de 24 à partir du 1er juin et seulement sur CanalPlay ! De nouvelles séries vont prochainement arriver et d’autres nouveautés aussi…

En gratuit, nous continuons bien sûr d’enrichir le réseau multi-chaînes et avons pour objectif de lancer environ 3 à 4 nouvelles chaînes par mois d’ici là fin de l’année sur notre MCN Canal+. Je vous conseille à cet égard de plonger dans la magie du Festival de Cannes notamment grâce à notre chaîne cinema YouTube ! Enfin, dans la suite du SocialPlayer et qui entre en résonance avec une socialisation naturelle sur le web gratuit, nous aimerions rendre les offres payantes plus ludiques et pnt !

Un grand merci à Manuel Alduy pour avoir répondu à nos questions.

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Carole Roth

Diplômée du Master D2A et après 4 expériences dans des chaînes de télévision, je guette toutes les évolutions des médias et ses développements numériques. Passionnée par l’audiovisuel et accro aux fictions et aux séries.


3 commentaires

  1. Projets particulièrement intéressant, maintenant Canal comme les autres fournisseurs OTT devront se confronter à la saturation de bande passante chez certains FAI (comme le cas de Free avec Youtube). Subir un flux entrecoupé d’écran noir c’est, pour moi, rédhibitoire …
    De plus, je trouve que les flux OTT de SFR TV (TV sur PC depuis leur portail) est de meilleure qualité et plus fiable, avec un large choix de flux vidéo mais pas une constante adaptation comme sur le Live CSAT.

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