Pourquoi Facebook libère ses données Social TV

 Rapport watching with friends
Pourtant réticent à l’idée, Facebook va finir par ouvrir ses données. Dans un rapport intitulé « Watching with Friends », Facebook en partenariat avec l’entreprise SecondSync, a mis à disposition du public l’analyse de ses données Social TV récoltées sur trois pays (Australie, USA, UK). Cette ouverture à l’ensemble des acteurs du marché montre que l’entreprise de Mark Zuckerberg compte elle aussi sur les nouvelles pratiques de consommation de la télévision. 

« Ceci est la première analyse détaillée des données Social TV de Facebook à travers différents pays, et la première fois que Facebook met ces informations à disposition des acteurs du secteur. » Cette phrase du directeur de SecondSync, Graham Lovelace, en introduction au rapport « Watching with friends » est à souligner. Car en 10 années d’existence, les occasions de voir Facebook partager ses données avec un tiers ont été très rares. 

Une première donc pour le réseau social concernant la Social TV, alors que son principal concurrent multiplie les analyses relatives aux interactions entre ses utilisateurs et la télévision. En rachetant une à une des start-up spécialisées dans l’analyse des données sociales, et en créant une mesure d’audience de référence avec Nielsen, Twitter semble en effet afficher sa volonté de maîtriser ses données Social TV pour devenir incontournable auprès des différents acteurs du marché. Si à première vue Facebook semble avoir pris du retard sur cette question, ce livre blanc semble marquer un tournant stratégique. 

Un timing loin d’être anodin

Facebook hashtag

Le moment n’est surement pas choisi au hasard par Facebook. A quelques mois d’un événement sportif fédérateur d’audiences TV comme sociales comme la Coupe du Monde football (le rapport indique que le Superbowl 2014 a généré 185 millions d’interactions sur Facebook), le timing semble être parfait. La Coupe du Monde de football qui débutera en juin prochain devrait en effet être l’objet de nombreux commentaires et de nombreuses discussions, et ce sur tous les continents. Pour se faire une petite idée, le match retour du barrage de l’Equipe de France de football contre l’Ukraine, le 19 novembre 2013, à été le deuxième évènement le plus commenté de l’année en France (sur Twitter, 1 200 000 tweets environ). On comprend alors que Facebook démontre lui aussi son envie d’être un acteur important de ce rendez-vous mondial en dévoilant les chiffres de son potentiel Social TV.  

Mais ce n’est pas le plus important. L’ouverture des données Social TV de Facebook intervient surtout quelques mois après le lancement des hastags sur Facebook et deux mois après l’annonce d’un modèle de vidéos publicitaires sur le news feed des utilisateurs. Un dispositif qui ressemble d’ailleurs étroitement au programme Amplify de Twitter, lancé à l’automne 2013. En ouvrant l’analyse de ses données aujourd’hui, Facebook veut tout d’abord rassurer les acteurs du marché sur sa capacité à mobiliser autour d’évènements majeurs en utilisant les codes acquis et reconnus de la Social TV (le hashtag). Ensuite, le réseau espère attirer les annonceurs grâce aux vidéos sponsorisées, touchant potentiellement une base utilisateurs bien plus imposante que celle de Twitter  (757 millions d’utilisateurs par jour, dont 556 millions sur mobile en moyenne en 2013).

 La guerre social TV n’aura pas lieu

Guerre social TV

Si l’ouverture de ces informations peut donner une idée du potentiel que représentent ses utilisateurs, cela ne veut pas dire que Facebook va devenir la plateforme reine de la Social TV. Il ne sert d’ailleurs à rien de vouloir comparer ses données à celles de Twitter. D’abord, il existe une différence de nature entre les deux réseaux. Les conversations sur Twitter sont publiques, ce qui n’est pas le cas sur Facebook. On suit naturellement une conversation grâce à un hashtag sur le site de microblogging alors qu’à l’inverse, Facebook est initialement conçu pour interagir avec une communauté limitée d’amis. Ensuite, et comme les usages sont différents, les données tirées de ces comportements sont elles aussi logiquement différentes. Pour faire court, on ne peut pas comparer les likes aux followers, comme on ne peut pas comparer les commentaires sur Facebook à une conversation entre twittos autour d’un programme TV. 

Mettre en relation ces données reviendraient finalement à définir un idéal type de l’internaute/mobinaute Social TV, alors que les usages et les profils utilisateurs sont différents d’une plateforme à l’autre. Pour avoir une vue d’ensemble du phénomène, il est important de comprendre les spécificités propres à chaque réseaux et leurs mécanismes de commentaires et d’interactions. Se limiter aux données publiées, c’est oublier de mettre en perspective ces informations.

Quoi qu’il en soit, l’ouverture des données social TV de Facebook indique que le réseau compte lui aussi faire de la TV un levier de croissance dans les prochains mois à venir, et ce malgré une légère stagnation des pratiques social TV aux Etats-Unis.  

Ronan Deniel

Explorateur du web et des télévisions dans un univers en (r)évolution.

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