La Social TV est-elle réellement un phénomène nouveau ?

expo culture tv
Actuellement au musée des Arts et Métiers à Paris, se trouve l’exposition « Culture TV, Saga de la télévision française ». Présentant les évolutions de la télévision tant en termes de genres qu’en termes d’évolutions technologiques, elle m’a amené à m’interroger sur l’histoire de la Social TV. Est-il déjà possible d’établir un historique de cette forme nouvelle de la télévision ?

Le postulat de départ : la définition moderne !

TVC3Avant de tenter de définir avec précision à quel moment est apparue la Social TV, il convient avant tout de revenir sur sa définition. Comme le définit le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), « le terme « TV sociale » ou « Social TV » est utilisé pour désigner les technologies apportant un enrichissement des contenus et une interaction entre le téléspectateur et le contenu qu’il regarde ou souhaite regarder et entre les téléspectateurs eux-mêmes autour de ce contenu. » Pour Marc Linder de Social TV.fr, il s’agit de « la convergence entre le contenu (TV en direct, en rattrapage…) et les réseaux sociaux : l’interaction sociale qui en résulte est une expérience enrichie et le début d’une conversation autour du contenu TV. Un nouvel écosystème audiovisuel autour de la social TV voit le jour… ». Ces deux définitions nous apprennent ainsi que ce qui caractérise la Social TV, peut se résumer essentiellement en trois mots : enrichissement/contenu/intéraction. L’idée centrale est donc bien que la Social TV permet une expérience supplémentaire autour des programmes, notamment pour les faire vivre avant, pendant, et après diffusion.

L’intéractivité : un principe ayant toujours existé dans l’audiovisuel

Si la Social TV se base essentiellement sur une volonté de provoquer des réactions, de faire parler, à partir de contenus additionnels et de stratégies digitales, force est de constater qu’une étude approfondie montre que l’interactivité a toujours existé dans l’audiovisuel. En effet, la télévision a toujours été un média source de lien. Initialement, elle se regardait en groupe puisque peu de foyers possédaient un écran. Mais de tout temps, les acteurs de l’audiovisuel ont tenté d’exploiter de nombreuses stratégies pour développer les usages autour des programmes. A titre d’exemple, dès 1960, la France voyait apparaître l’émission « SVP 11 11 » : les téléspectateurs téléphonaient pour poser des questions pendant « Les Dossiers de l’écran » (sélection par le journaliste Guy Darbois). Le programmateur s’assurait ainsi de « faire participer », « d’impliquer » et ainsi… »d’intégrer » le téléspectateur directement au programme. L’interactivité était déjà présente. En 2000, c’est l’arrivée des blogs et la généralisation d’internet qui ont permis de créer de l’interaction autour des programmes. Les chaînes pouvaient alors s’en servir comme d’un outil de promotion, et certains fans réalisaient d’eux-mêmes des comptes dédiés aux émissions, aux chaînes, aux acteurs, aux personnages… Ils parlaient alors des programmes et les faisaient vivre d’eux-mêmes. L’arrivée ensuite des téléphones portables a permis l’introduction des services SMS : votes, dédicaces en relation avec des émissions télévisuelles, personnalisation de mobile, jeux, chat, informations thématiques, petites annonces, tout est alors devenu possible. La Social TV a donc bien toujours existé mais de manière plus ou moins archaïque…disons plutôt en conformité avec les moyens matériels de l’époque.

Genre phare et évolutions technologiques

Ce que nous montre l’exposition Culture TV, c’est à quel point les genres phares évoluent au fil des années. Ainsi, si les jeux ont toujours existé, les années 2000 voient l’avènement du genre divertissement. En 2001, est apparue sur nos écrans la très célèbre première émission de Loft-story-logo-hdtéléréalité, « Loft Story« . Elle inaugure non seulement le genre mais elle peut se vanter de plus, d’avoir proposé une véritable stratégie d’exploitation de tous les supports, et d’avoir apporté du contenu additionnel à la diffusion sur l’antenne principale. En effet, en plus des émissions hebdomadaires avec appel au vote par SMS ou sur le site internet de l’émission, une véritable plateforme avait été créée via le site internet loftstory.fr avec des contenus exclusifs, des blogs, des chats, des forums, en plus d’une ligne audiotel pour suivre en direct les conversations des lofteurs, et également une chaîne du programme 24h/24 disponible en câble et satellite. L’arrivée de ce genre qui se prête ainsi bien à la production de contenus supplémentaires, et dont le public-cible (les 15-24 ans) est très sensible au fait de réagir aux programmes ont ainsi fortement contribué à une désormais inévitable obligation de créer des stratégies autour des programmes. Mais surtout, en parallèle de l’essor de ce genre, les évolutions technologiques ont également apporté leur lot de possibilités. De l’arrivée d’internet puis des réseaux sociaux, à la multiplication des mobiles puis des smartphones, des ordinateurs fixes et portables, conduisant au développement du nombre d’écrans dans les foyers, nous en sommes finalement à un nouveau modèle de consommation audiovisuelle : ATAWAD pour « Anytime, Anywhere, Any Device » (« Tout le temps, partout, et sur n’importe quel support »).  Ce que nous rappelle également l’exposition du musée des Arts et Métiers, c’est à quel point les téléviseurs continuent aussi d’évoluer. Les télévisions connectées ou Smart TV sont l’avenir de la télévision, avec la Ultra Haute Définition (UHD)-4K. Ainsi, télévision classique et internet sont enfin réunis, témoignant d’une indispensable corrélation à présent entre les deux médias, créant de nouvelles synergies et de nouvelles propositions éditoriales.

En conclusion…

La Social TV est pour moi un terme moderne qui définit l’actuelle interactivité que l’on créé dans les programmes. Elle représente l’avènement de deux faits : des genres majeurs dans les grilles de programmation et un essor technologique incroyable. Cependant, elle a toujours existé et évolue face à des développements technologiques, qui entraînent également des nouvelles pratiques et des nouveaux modes de consommation. La Social TV est extrêmement plus riche que par le passé car les avancées sont de plus en plus rapides. Elle est également à présent exploitée par tous les genres, que ce soit le cinéma, le sport, les émissions politiques…Elle est également l’illustration parfaite de la bonne prise en compte au fil du temps des évolutions par les acteurs de l’audiovisuel. Ainsi, ce qui pourrait être une concurrence comme internet, devient une source d’exploitation pour créer encore plus de richesses et de propositions éditoriales, et ce, dans le but toujours certain, de laisser les yeux des téléspectateurs rivés sur cet écran roi qu’est la télévision. Non la Social TV ne mourra pas, elle évoluera toujours et connaîtra encore de nombreuses formes…

NB : si l’exposition évoque très peu la forme moderne de la Social TV et ses enjeux à l’avenir, elle constitue néanmoins une base intéressante pour tous les passionnés de télévision. Elle vous montrera ainsi à quel point l’audiovisuel est d’une richesse incroyable et évolue de manière très rapide.

Cédric Delblat

Passionné de Social TV, et plus largement par la télévision et les médias, je m’interesse fortement à toutes les problématiques liées à l’économie, les stratégies de communication digitales et l’avenir de l’audiovisuel. Manager, je suis en train de mettre en place ma société en production de contenus web et en stratégie digitale. Je donne également des cours d’économie audiovisuelle, d’enjeux de la télévision et de stratégies de communication digitales à l’université et dans divers établissements privés.

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