Séniors et Social TV : Une complémentarité nouvelle ?

Avouons-le, la Social TV est souvent associée aux 15-34 ans, notamment grâce aux nombreuses stratégies digitales proposées par les chaînes pour les programmes de divertissement et de téléréalité. La consommation des réseaux sociaux reste également très liée à cette même catégorie d’âge, mais de récentes études ont démontré que non, la Social TV n’est plus l’apanage des « jeunes »…

Médiamétrie : Les chiffres parlent d’eux-mêmes

Médiamétrie, l’organisme des mesures d’audience en France, réalise des études sous le nom « Global TV » qui proposent notamment de dresser un état des lieux de la consommation télévisuelle. C’est grâce à ce produit que Médiamétrie avait mis à jour il y a quelques années, le modèle ATAWAD (« Anytime » pour « n’importe quand », « Anywhere »  pour « n’importe où », et « Any Device » pour « n’importe quel support ») qui illustre parfaitement la nouvelle tendance de consommation du « programme », ce bien immatériel. Récemment, l’organisme a dressé un état des lieux chez les séniors, catégorie d’âge très consommatrice de télévision. A titre d’exemple, alors que les 4 ans et plus (cet indicateur prend en compte tous les téléspectateurs) ont regardé la télévision 3 heures et 45 minutes en mars 2014 (3 heures et 59 minutes en mars 2013), les 15-34 ans ont consommé 2 heures et 30 minutes de télévision (contre 2 heures et 41 minutes en mars 2013), mais les individus de 50 ans et plus ont visualisé la télévision 5 heures et 5 minutes (5 heures et 24 minutes en mars 2013).

De par des évidences sociologiques, comme le fait que cette catégorie regroupe un grand nombre de retraités, les 50 ans et plus sont d’importants téléspectateurs. Cependant, personne ne se doutait de leur consommation de la télévision de manière délinéarisée. Ainsi, l’étude Global TV de Médiamétrie nous apporte des éclairages conséquents : le replay, ou télévision de rattrapage, est en constante progression. Ainsi, en 1 an, 4,7 millions de personnes ont regardé la télévision en replay. Près de 4 personnes sur ces 10 nouveaux consommateurs ont plus de 50 ans. C’est la catégorie qui progresse le plus mais qui reste en deçà de la consommation des 15-24 ans.

Comme l’indique Médiamétrie, 1 français sur 5 de plus de 50 ans, soit 20%, regarde la télévision
autrement que sur l’écran principal, contre 2 français entre 15 et 24 ans sur 3, soit 64%
. Une autre donnée importante fournie par Médiamétrie concerne le support de visionnage : logiquement, c’est l’ordinateur qui remporte les suffrages avec 12,6% des 50 ans et plus qui l’ont utilisé pour visionner un programme (contre 4,2% pour la tablette et 2,3% pour le smartphone). Ces chiffres s’expliquent par un taux d’équipement différent, puisque les 50 ans et plus possèdent plus facilement une tablette qu’un smartphone.

Analyse : Des pratiques en évolution

Si ces chiffres illustrent pleinement l’ampleur du phénomène du second écran, ils laissent supposer l’avenir de la Social TV. En effet, ils témoignent de la connectivité toujours plus grande des foyers français. Aussi, la consommation délinéarisée semble petit à petit ne plus devenir un fait générationnel mais être pleinement intégrée dans le quotidien des français. Et avec elle vient toute la richesse de la Social TV, dans les choix narratifs des programmes qui s’accompagnent de véritables stratégies (utilisation des réseaux sociaux, contenus additionnels proposés, gamification…) y compris dans les dénouements des programmes (ceux où on peut choisir la fin, les divertissements où on devient le jury…) appuyées souvent par les réseaux sociaux, mais de plus en plus également par les évolutions technologiques.

Les télés connectées représentent ainsi un avenir de plus en plus ciblé sur nos envies et nos profils. L’analyse permet également d’envisager l’inévitable prise en compte de stratégies Social TV dans l’éditorialisation des contenus. Si à l’heure actuelle les grandes marques de divertissement (« The Voice », « Danse avec les Stars », « La France a un incroyable talent »…), et les inévitables téléréalités ont été pionnières dans la Social TV (elles restent le genre phare des 15-24 ans) et le sont encore comme en témoigne la proposition de M6 pour « Rising Star », d’autres genres plus adaptés séniors ne sont pas en reste comme le prouve notamment le grand succès, y compris digital, de l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché », le samedi soir sur France 2. Twitter a bien été intégré dans le programme comme en témoigne la sélection de questions Twitter à l’antenne. Le programme est par ailleurs souvent dans les meilleures audiences sociales de France 2. Cette même chaîne s’est d’ailleurs beaucoup impliquée dans la Social TV avec « Apocalypse » récemment, un programme pourtant plus éloigné des préoccupations des 15-24 ans.

Ainsi, non seulement les séniors actuels rattrapent leur retard et se mettent à être connectés, mais il convient de ne pas oublier que les 15-24 ans d’aujourd’hui vieilliront également. Et il sera acquis pour eux depuis de nombreuses années qu’il est difficile de faire vivre un programme uniquement via le petit écran. Le digital
sera totalement intégré et une nouvelle forme de narration aura certainement vu le jour avec une implication du téléspectateur de plus en plus primordiale. L’avenir des programmes est en train de se dessiner, et les séniors actuels ne semblent pas réfractaires aux bénéfices de la révolution digitale. Qui sait quelles évolutions verra naître l’audiovisuel à l’avenir ? Seule certitude : nous finirons tous connectés et la Social TV n’est pas prête de mourir, elle vieillira certainement mais tout en évoluant et en sachant s’adapter aux besoins des nouvelles consommations des publics.

 

Cédric Delblat

Passionné de Social TV, et plus largement par la télévision et les médias, je m’interesse fortement à toutes les problématiques liées à l’économie, les stratégies de communication digitales et l’avenir de l’audiovisuel. Manager, je suis en train de mettre en place ma société en production de contenus web et en stratégie digitale. Je donne également des cours d’économie audiovisuelle, d’enjeux de la télévision et de stratégies de communication digitales à l’université et dans divers établissements privés.

1 commentaire

Laisser un commentaire

Les champs marqués (*) sont requis.